Dessiner et peindre d'après photos !

La question du jour : 

Faut-il ou non travailler à partir de photos ?

À mes débuts, je dessinais comme ci-dessous à partir de photos. La précision était pour moi rassurante : moins il y avait de faussetés, plus j'étais satisfait ! Je travaillais pratiquement à la loupe avec des mines très fines. La besogne était très longue et très chiante. Une erreur d'un millimètre affaiblissait l'ensemble. La réaction du public était souvent la même Whââ, on dirait une photo ! Au début, je trouvais ça flatteur, mais rapidement cela m'agaça jusqu'à finir par m'exaspérer. J'étais, selon le public, aussi performant qu'un appareil photo ! Au fond de moi, je n'étais pas tranquille, la qualité de mon art ne pouvait se réduire à son degré de précision. Je ne pouvais me résoudre à n'être qu'un vulgaire photocopieur (= copieur de photos).

Whââââ, on dirait une photo !

Certaines réflexions m'ont aidé à y voir plus clair. 2 exemples :

1 Dessiner c'est interpréter les formes.
Degas

2 Dans un dessin ou une peinture, quelque chose de la procédure et de la structure doit rester. Quand le dessin est trop lissé et poli, il devient trop littéral. C'est le travail de l'appareil photo. Dans un dessin, cependant, le «fini» n'est pas nécessairement de l'art. C'est l'interprétation et le processus de conception individuelle qui est de l'art et qui a une valeur. Si vous incluez tous les faits littéraux et détails, le résultat sera ennuyeux. C'est la sélection des éléments importants qui est intéressant. Une conception sélective comporte vitalité, objectif et conviction. Un dessin trop détaillé, perdra force et puissance. Un cercle parfait tracé au compas ne laissera aucune trace de nous-mêmes. C'est la grande forme qui est importante, pas les petites choses ni l'exactitude.
Loomis


C'est surtout en travaillant d'après nature (notamment avec l'atelier de modèle vivant) que je compris vraiment les limites -voire la contre-productivité- de la reproduction mécanique. Face au modèle, il m'était juste impossible de parvenir à la même précision souvent par faute de temps. Et puis au fond de moi le rendu ne me convenait pas malgré la "prouesse technique". Mon travail paraissait raide et sans vie alors que j'avais soif d'expressivité et de puissance ! Il me fallut donc revoir complètement ma copie !


 Une touche énergique pour un rendu plein de vie !

Réponse à la question : 

Faire un dessin qui ressemble à une photo a sans doute autant de sens que faire une photo qui ressemble à un dessin ... c'est à dire aucun ! Travailler à partir de photos reste cependant tout à fait possible à condition de prendre une bonne photo (attention à l'éclairage et à la perspective) et de procéder comme si l'on travaillait d'après nature. Il est donc question de processus. Celui-ci ne s'intègre véritablement qu'en s’exerçant d'après nature. En effet, la tâche étant complexe, dessiner ou peindre d'après nature est extrêmement formateur; c'est en réalité la seule façon d'apprendre (approfondir l'observation, faire des choix efficaces) et de progresser.
Bref, l'artiste ne doit en aucun cas être en concurrence avec l'appareil photo, ni être esclave de la photographie. Son job est de rendre intéressant le modèle, qu'il soit réel ou photographique, par son interprétation.

Bonus ! Ce qu'en pense Ernest :

Les amateurs de dessin se sont raréfiés depuis que l'instantané a été mis à la portée de tous, mais si beaucoup ont délaissé l'art, il ne faut pas le regretter outre mesure, attendu que les déserteurs n'étaient généralement pas suffisamment doués pour devenir des artistes puisqu'ils n'avaient pas la foi. Il faut donc se réjouir de l'invention de la photographie qui, en apportant des documents aux artistes, en facilitant leurs recherches, a, du même coup, déblayé la route de l'art encombrée par des paresseux et des inutiles.

(...) pour s'aider d'une photographie, il est indispensable de savoir très bien dessiner afin de pouvoir discerner ce qui est utilisable et ne pas s'exposer à des erreurs de proportions dont la photographie est coutumière quand les objets sont vus de trop près, ou que les couleurs sont antiphotogéniques. 
Lorsque l'on demande un renseignement à la plaque sensible, il faut avant tout se rendre compte si elle le donne très juste de proportions.
(...)
La séduction des petits détails photographiques est toujours vives chez les débutants, mais comme elle est un des grands obstacles aux progrès, il faut bien se garder de consulter la photographie, quand on commence à dessiner d'après nature.



Vive la peinture d'après nature !

Ce qu'en pense Gregg Kreutz :

Quand vous travaillez d'après nature, à cause de du nombre incalculable d'informations et parce que vous avez des moyens réduits (couleurs, brosses, et toiles), vous devez faire une simplification conduisant à une synthèse picturale. Cette réduction donne une impression de consistance parce que elle met en avant sur la structure sous-jacente au lieu d'une simple surface détaillée. (...) Le job de l'artiste est de trouver des façons de trouver l’interaction entre l'interne et l'externe, de compléter la surface par une fondation structurelle sous-jacente.

La citation du jour :

La photographie donne la ressemblance banale que tout le monde peut voir; le peintre seul pénètre dans l'intimité du modèle et trouve le rayonnement de la physionomie.
Alfred Stevens
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>> Le danger des détails en peinture !

2 commentaires:

  1. Bonjour Yann,

    J'ai acheté deux manuels d'Ernest Hareux que j'ai découvert sur le blog. J'aime beaucoup ces écrits, il n'y va pas de main morte!!!!! mais c'est tellement vrai.

    Sylvie

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  2. Bonjour Sylvie,

    La lecture d'Ernest Hareux est enrichissante. Je vous recommande aussi celle d'Andrew Loomis (en anglais).

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